de Philippe Cavalier

Résumé

L’Amérique est ravagée par une « supercrise ». Des millions d’exclus tentent de survivre. Sur les routes, des vagabonds, les « hobboes », s’échangent des histoires d’hommes aux pouvoirs surnaturels, dont celle d’un guide venu pour venger les exclus, et aussi celle d’un autre qui, lui, fera du continent un champ de ruine.

L’auteur

Philippe Cavalier se passionne pour l’histoire et les pratiques religieuses et ésotérique.
Son entretien au sujet de Hobboes.

Ce que j’en pense

Road book, roman d’anticipation, dystopie ? Comment définir cet ouvrage ? Pour ma part, je résumerais en disant qu’il s’agit d’un roman d’anticipation ésotérique et une réflexion socio-économique sur la fin du capitalisme (ouf, reprenez votre souffle). Moi qui ne cherchait qu’un roman d’anticipation, j’aurais laissé « Hobboes » en rayon si on me l’avait présenté ainsi. Et quelle erreur ç’eut été ! Car quel roman, quel pépite que ce « Hobboes » !

En un livre (<600 pages), à travers la vie, les affres (sic !) et les péripéties de Raphaël Banes, on côtoie le milieu littéraire universitaire et ses magouilles de chapelles et d’ego; on s’immerge dans les derniers hoquets d’une nation rongée par un capitalisme mourant; on fait face à une fracture sociétale d’ampleur et où le pus fort reprend le premier rôle.

Déprimant ? Pas tant que cela, voire pas du tout. Est-ce parce qu’en revisitant l’Apocalypse de Saint Jean façon mythe fantastique, Philippe Cavalier instille à dose homéopathique, un croyance en un lendemain meilleur, en un Sauveur possible ? Ou est-ce l’art de Philippe Cavalier de saupoudrer d’espoir les situations les plus cul-de-sac, de créer des étincelles dans les moments les plus sombres ?

Les touches d’espoir sont subtiles, les personnages, grotesques ou touchants, fanatiques ou lucides, apportent autant d’humanité que de déshumanité. Le souffle du texte est alerte, le style est assez classique*. La facilité de lecture permet de se laisser emporter pour suivre le parcours on ne peut plus chaotique du sieur Banes.

Bluffée par le mélange des genres, par les niveaux de lecture et d’interprétation possibles, je recommande plus que vivement la lecture de « Hobboes ».

Quiconque serait imperméable à cette prose…. (je cherche encore le sort adéquate 🙂 )

Extraits

« Banes joua des coudes jusqu’au buffet. Non qu’il eût soif ou faim, mais il fallait qu’un nouveau verre entre les mains l’aide à masquer son désoeuvrement. Subtilement paranoïaque, il crut sentir glisser sur lui des regards partagés entre apitoiement et condescendance. » (…)

« … ces gens geignaient. Ils revendiquaient. Ils mendiaient des miettes. Mais se donnaient-ils les moyens d’attaquer le Léviathan de front ? Bien sûr que non ! Cocufiés par le système, ils espéraient encore que les choses s’arrangent (…) à grands coups de messages (…) sur Twitter et Facebook. Ces gens ne voulaient pas renverser la société, ils voulaient que celle-ci se remette d’aplomb à l’aide de slogan aussi simplistes que Le peuple avant leurs profits… ».

 

 

*classique façon 20e/21e siècle, non comme Balzac ou Proust.