Résumé

«Jane ne recevait jamais de paquet chez elle. Elle le prit. Solide, rectangulaire et plutôt lourd : sans doute un livre. Elle se battit contre l’enveloppe rembourrée, agrafée et collée. Elle en sortit une chemise en carton jaune. Une disquette tomba sur le sol carrelé avec un bruit sec. La chemise contenait un manuscrit en feuilles détachées. Sur la première page, elle lut : LE PROBLÈME AVEC JANE, roman.
Pas de nom d’auteur. (…) Elle parcourut rapidement les premières pages. Il s’agissait d’elle. Quelqu’un de bien informé. Le manuscrit comptait trois cent soixante pages et s’achevait sur cette phrase : « En bas elle trouva le paquet manuscrit. » »

L’auteur

14 romans. 4 prix littéraires. Catherine Cusset est une vraie gagnante. Française, née à Paris en 1963. Je vous passe les affres de son enfance entre papa catholique breton et maman juive parisienne (est-ce important ? Je me le demande, mais ses bios ne cessent de le mentionner alors…). Assurément, Catherine Cusset est une « grosse tête » : ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et agrégée de lettres classiques, elle a enseigné la littérature française du XVIIIe siècle à l’université Yale, aux États-Unis. (Rien que ça !)

Ce que j’en pense

Ce roman-ci est présenté comme un thriller psychologique, une radiographie des rapports amoureux et sociaux dans l’Amérique contemporaine. Radiographie : je suis d’accord. Thriller psychologique : là, je trouve que c’est poussé un peu loin la catégorisation marketing. C’est la vie d’une femme, décortiqué par un être, qui l’oblige – un peu – à assumer ses choix/non-choix et qui l’amène – très, très petitement – à se regarder l’âme dans un miroir. Psychologie, oui, thriller, non.

Si un post-it indiquant le nom du prêteur et la date de prêt, ce livre aurait pu dormir encore bien longtemps dans mon étagère des ouvrages « à lire ». 1 an de prêt !  Que ce soit à cause du mot « problème », contenu dans le titre, ou de l’image de 1re de couv’ pour le moins… « à se tirer une balle », rien ne me prédisposait vraiment à vouloir connaître le problème de Jane. Mais bon, 1 an que mon amie me l’avait prêté (sans me le réclamer, d’ailleurs), il était plus que temps que je m’y mette.

La structure de ce roman intrigue non à cause de tournures alambiquées ou de mystérieuses ellipses. Jane EST tout. Son problème devient TOUT pour le lecteur. Quel problème ? Le personnage principal, Jane, reçoit un manuscrit qui décrit sa vie. Mieux qui décrit avec précision ses sentiments et réactions. Qui peut en savoir autant sur la Jane intime, secrète ? Chaque ébauchent réponse est l’occasion pour Jane de re-vivre sa vie, de l’étudier via un miroir non-déformant. Moi lectrice, je me suis contentée de découvrir deux Jane : celle du manuscrit reçut, et celle qui reçoit le manuscrit.

Ai-je eu un peu  d’affection ou d’empathie pour Jane ? Je ne crois pas, et pourtant j’ai lu ce roman avec intérêt, je n’arrivais pas à le lâcher (j’ai loupé plusieurs correspondances dans les transports en commun !). Pourquoi ? Cette Jane est belle, intelligente, du moins éduquée. Bon. Les hommes lui tombent tout cru dans le bec. Et donc ? Jane passe son temps à se prendre la tête pour pas grand chose; à subir des événements ou des non-choix parce qu’elle ne veut pas se tromper; et à ce jeu, ne rien faire ou pousser les autres à prendre une décision est ce qu’elle réussit de mieux.
Jane n’est guère sympathique, et à peine antipathique. elle est agaçante. Horripilante parfois. La plume qui sert les 2 Jane sait rester sobre pour être en valeur les personnages dont les tempéraments se suffisent à eux-mêmes. Là où le roman est très fort, c’est de mettre le lecteur en position de voyeur littéraire : il voir/espionne un personnage prendre sa vie en « pleine face » et revivre/ré-évaluer sa vie d’après un roman  biographique. Surréaliste !

Le mot fin est arrivé, et j’aurais aimé en lire encore. Je suis pourtant incapable de dire si j’ai aimé ou pas ce livre, si je le recommande ou pas. J’ai peu d’avis, peu de certitude sur ce roman. L’ai-je aimé ? Mystère, pourtant j’ai eu du mal à ne pas le dévorer. Est-ce un grand livre ? Aucune idée, pourtant il se lit d’une traite, ou presque. Le conseillerais-je ? Pas sûre, Jane est une vraie tête claque. Pourquoi m’a-t-on prêté ce livre ? Dois-je y voir un message caché ou m’interroger sur la psyché, les intentions de celle qui m’a prêté ce « problème » ?

Extraits

« Il s’était mis à dormir dans la chambre qui lui servait de bureau ou en bas, dans le salon, sur le canapé beige et blanc, devant la télévision que Jane trouvait encore en marche quand elle descendait le matin prendre son petit déjeuner, soulagée d’en avoir fini avec la nuit. Elle pleurait presque chaque soir en se demandant s’ils étaient punis d’avoir été trop heureux. »

« Elle le voyait secouer la tête : pas professionnelle. Quand la première chose qu’elle aurait dû faire, en universitaire intelligente et responsable, eût été de prendre position par rapport au dernier livre paru sur le sujet. Le Woodrow était sorti il y a plus d’un an et, comme par hasard, elle oubliait systématiquement de le lire. (…)
« Tu as fini tes préparatifs ?
– Presque. Je n’ai plus qu’à boucler les valises. »
Elle rougit : elle avait oublié de rappeler l’agence cet après-midi pour payer son billet par carte de crédit. La réservation s’était  donc automatiquement annulée. Pourvu qu’Eric ne pense pas à lui poser la questions. »