A partir du mot « Corde », et de cette photo, faire une description.

« Le colis est livré Miss. Je l’installe dans le petit salon ? »

Elle acquiesça d’un lent battement de paupières.Joseph s’éloigna silencieusement. Telle était sa marque de fabrique.

Peu après, pénétrant dans le petit salon, ou salon rouge, Layna constata avec satisfaction le travail de Joseph. Il était décidément plaisant et reposant de l’avoir à ses côtés. En près de huit mois, il avait réussi à assainir la situation avec ses prestataires, à remettre en ordre la comptabilité, enfin, à mettre au pas les quémandeurs. L’intuition de Layna avait été, une fois encore, plus efficace que les recommandations de son bras droit. Les mots de son père lui revinrent immédiatement en tête : « Si tu ne peux te fier à toi-même qu’est-ce qui t’autorise à te fier à quelqu’un d’autre ? », « Le jour où tu pourras être fière de toi sera celui où ton intuition devient ton alliée. Une alliée loyale, indéfectible. »

 

Allumées par Joseph, les quatre lampes basses aux abat-jours cacao émergeaient comme des oasis, réchauffant la pénombre, épaississant les tentures de velours cramoisi, assombrissant les stries du bois de noyer qui composait étagères et bibliothèques, enfin, renforçant les teintes sang de bœuf et ardoise des épais tapis du designer népalais Shambhav Yersa Tawa. Au centre de la pièce, un socle aérien, alliage de métal noirci et de verre poli, servait à exposer un coffret en verre rectangulaire sur lequel était exposée la dernière acquisition de Layna. Chaque face du coffret, d’environ quarante centimètres de haut, étaient jointes par un filin d’or. Bandant ses muscles elle saisit le coffret de verre. Plus léger qu’elle ne l’avait prévu, elle constata qu’aussi fines soientt les jointures aucun doute n’était permis quant à leur solidité.

 

Souriant, satisfaite du travail réalisé par Joseph, Layna reposa le boitier sur le socle dont les leds le firent briller telle une parure royale. Un diable d’homme ce Joseph, pensa-t-elle en joignant les mains. Du bout des doigts elle dessina des arabesques sur le dos de sa main droite. C’était signe chez elle d’un instant de pause absolue, d’une suspension de temps, son cerveau concentrant son attention à contempler, à admirer, à s’emplir de l’aura d’une œuvre d’art.

 

La neige tombait à nouveau à gros flocons sur Vancouver. Drue, elle s’abattait lourdement au sol, s’écrasant les unes sur les autres. Enfermée dans l’écrin du petit salon Layna n’en savait rien. Ses doigts continuaient leurs arabesques. Inlassablement. Hypnotiquement elle fixait le morceau de corde brune qui pendait, retenu directement sur la face supérieure du coffre. Une grosse corde, de la largeur d’un poignet, finissant par un nœud coulant. Une corde de pendu.

Semblables à des frisottis autour d’un chignon, de petits bouts de fibre s’échappaient des entrelacs des torons d’un brun inégal. Combien de vies ce nœud avait-il conduit au trépas ? Combien de nuque brisée, de pomme d’Adam écrasée, de souffle coupé ?

 

Plus troublée qu’elle ne l’avait imaginé, Layna sortit. Une fois installée devant son ordinateur elle lança les enchères.

 

Semaine prochaine Défi 4 : à l’honneur le mot  »Briquet »