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©E.Mucha

 

Elle assume son rôle de nourricière, comme toutes celles qui ont donné la vie et partagé la couche de leur époux. Que je le hais ! Comme je l’aime ! Du fond de la nuit, de mon tapis d’herbe, je tremble d’amour. Désespéré, puis-je, oserais-je… ? Elle me refuserait, de ses yeux horrifiés. A force de les imaginer, je les sens me transpercer, me clouer du haut de sa stature de géante.

Du fond de ma nuit, j’assiste au ballet de leurs retrouvailles. Les enfants d’abord, papa et maman ensuite. Point de gestes tendres hormis pour les jeunes loups, plein d’entrain, heureux que papa-maman les emplissent de leurs soins.

©E. Mucha_1995-10_Skye15La lumière qui les baigne, plus tard s’adoucit. Les petits sont dans leurs lits, papa-maman débutent un nouveau ballet, plus lent, plus doux, s’il n’y avait ce vide entre eux. Absents les mots, accidentels les regards. Elle est perdue. Impossible de savoir si c’est en elle ou si les tâches d’après diner l’absorbent au point qu’elle ne dise, ne fasse rien pour attirer l’attention de son débraillée d’époux. Le veut-elle encore ? Est-elle satisfaite de cette vie ? Je bondis et fonce dans ce douillet décor, je la prends de force dans mes bras, je la serre, la berce, la console. Je suis son nid de plumes, son havre, sa tranquillité. En retour elle se serre, se colle à moi, son corps se détend, elle sourit dans ses soupirs. Balivernes ! Je n’en fais rien, je suis un pleutre, un épouvantable pleutre se repaissant de rêvasseries du fond de ma nuit noire !

Je suis un lâche ; Elle, la femme que je voudrais porter aux délices de mes attentions, de la vie de félicité que je rêve de lui offrir.

De nuit en nuit, l’impossibilité de ma passion est une fleur vigoureuse, toute gorgée de rosée, de lumière, consciente, déjà, que le premier signe de déclin est en chemin.

De nuit en nuit, je me gorge de leur ballet incandescent sans cesse répété, de ses gestes à Elle, de sa figure forte, mouvante et radieuse devant ses petits loups. Ses poses, les rondeurs de sa taille, de ses bras, son application butée, ses pas souples créant d’exquises ondulations dans sa chevelure, tout s’imprime dans un livre que je préserve dans mon cœur.

Nuit après nuit nos mondes se rapprochent, je me repais d’Elle avant de m’éclipser avant de revenir, encore.