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Crédit photo : @Véronick Gorce

 

« Tu viens Brad ? C’est l’heure de la pause, allez magne-toi ! Je nous ai dégotté un super endroit !

Bouge ton derche ! Ouais comme ça.

Alors ? Qu’est-ce t’en penses ? Ça valait le coup pas vrai ?

Eh eh, comment j’en étais trop sûr que tu le kifferais mon coin.

Bah ouais je suis content, tu le sais pas encore que j’aime ça, faire plaisir ?

 

T’es con là ! À Marie-Jo aussi j’aimais faire plaisir, presque tous les jours je lui prouvais mon amour.

 

Mais oui… Tu me l’as déjà dit. N’empêche c’est pas comme ça que je vois les choses.

 

Oui… c’est pas comme ça que ça devrait être. Je te l’dis moi, c’est les petites attentions de tous les jours qui font la différence, qui font qu’on voit quand quelqu’un tient à toi ; toutes ces petites choses, ces petits riens du tout : le caleçon sale qu’on laisse pas traîner, nettoyer le frigo une fois de temps en temps, préparer le dîner plus souvent qu’à son tour, tirer la chaise avant qu’elle s’assoye comme ils font dans les palaces, penser à lui dire « ma poupée, ma belle, t’es encore plus jolie qu’hier, je t’aime », masser ses pieds quand elle rentre après ses deux heures de train et de bus, lui cueillir des pâquerettes pour en faire des bracelets ou des décorations de cheveux.

 

Oh ben c’est sûr que je suis cul-cul pour toi, tu parles d’un scoop. Le roi des cul-culs, l’empereur de la niaiserie.

Quoi d’autre ? Attends j’en ai plein ma besace : Superman des idiots, Thor des bêtas, Iron Man des crétins, Zorro des ânes…

 

Non, non, je m’énerve pas, je dis c’est tout. Je dis ce que vous pensez tous. Toi au moins tu ne parles pas dans mon dos. T’es franc mec, t’es franc, c’est rare de nos jours. Tu t’en rends pas compte que c’est rare. Ben non, ben non tu t’en rends pas compte. Tu crois que tout le monde est comme toi, mais c’est pas comme ça frangin, non, c’est pas comme ça qu’ils sont les autres.

 

Bah tu les emmerdes s’ils sont pas capables d’encaisser. C’est que des trouillards qui se foutent la tête dans le cul au lieu de se regarder franco, tout entier, dans un miroir. Y’a que toi pour pas mentir.

Je le savais mec. Allez, parle pas de ça.

 

Ouais, ouais… Arrête, c’est bon là…

 

Je le savais j’te dis. Mais je l’avais choisi elle, et pas une autre.

Peut-être que j’allais la changer, peut-être pas, toujours z’est-il que j’avais décidé que j’essayerai. Aussi longtemps qu’il faudrait.

 

Ah ça pour rater, ça a même foiré dans les grandes largeurs pas vrai ?

 

T’as trop raison, vaut mieux s’en marrer, la vie est une vraie chienne, tu l’as dit.

 

Arrête j’ai mal aux côtes tellement tu me fais rire !

 

Ce qu’elle est Marie-Jo si la vie est une chienne ? Sa maîtresse ? Ah ah !

 

Tiens vas-y, prends-en, c’est nouveau. On m’a dit que ça déchire, du jamais vu, que ça dure vingt minutes à tout casser et qu’après… que dalle mec, j’te jure ! Zéro descente, zéro bad trip !

 

 

Tu sens ? Il y a comme de l’éther.

Je bouffe du coton

Putain c’est bon.

T’as vu ces couleurs mec ? Ça m’électrise, oh la vache, ça secoue grave.

Elle connaîtra jamais ça la Marie-Jo. T’avais raison, elle me méritait pas.

Putain d’éclairs ! Regarde je les touche ! Ouais, je les touche ! Ils passent à travers moi… Wouah… Putain mec t’as vu comme je brille. Je suis illuminé comme une putain de tour Eiffel ! Youhou ! Chuis un mec brillant ! Va chier Marie-Jo ! Va chier !

 

Je frimais tu sais. J’aurais voulu qu’elle revienne Marie-Jo. La vérité c’est que c’est moi qui ai tout foiré.

 

Je brille. Mais j’ai froid. C’est pas chaud normalement la lumière ? Je croyais que c’était chaud. Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? C’est en quatrième qu’on nous apprend des trucs pareils pas vrai ? Ce serait que des conneries d’instit de mes couilles alors.

Ils devraient nous apprendre la vie les instits, à nous aimer, à prendre soin les uns des autres tu crois pas Brad ?

 

Faut que tu vois ça Brad, y’a comme des fleurs géantes.

Tout près, juste là, j’arrive pas, j’arrive pas…

 

C’est encore plus beau que tout ce que j’aurais jamais pu imaginer mec, un vrai truc de malade.

Ça me freeze mec tellement c’est beau.

 

Je m’occupais pas d’elle, mec… Elle pleurait pour moi… à cause de moi… Je l’envoyais chier. T’a pas idée comme je m’en veux, mec.

 

Oh ! Ça caille !

 

Pourquoi il fait si froid merde ?!

Il fait si froid

 

Ça clignote aussi pour toi ?

 

T’es où mec, hey t’es où ??

 

J’ai les couilles qui… elles gèlent aussi les tiennes ?

 

Brad ? Brad ?… »

 

– Brad ? Brad ? Vous m’entendez ? Brad?

– Je ne sais pas ce qu’il a pris, Jill, mais peu importe, on n’a plus le temps. Chargez. Écartez-vous !

– Aucune activité. Vous déclarez le décès doc ?

– Je n’ai jamais vu autant de bonheur sur le visage d’un mort.

– D’un camé Josie, d’un camé. Rien d’autre qu’un junkie préférant fuir la réalité.

– Arrête de faire ton corbeau Marny…

– On dit « oiseau de mauvaise augure » Josie.

– Pardon, désolée docteur. Je savais pas.

– Bon la vie continue et les arrivées de camés aussi ! Vous me nettoyez tout ça ?

– Oui docteur !

– OK doc !

 

FIN